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mardi 1 novembre 2011

Syrie et Mésopotamie antiques: ce que nous leur devons.

« Merci à vous tous d’être venu si nombreux ! Je n’ose pas dire trop nombreux, bien que ceux qui n’ont pas pu entrer soit aussi nombreux que ceux qui l’ont pu » Maurice Sartre, professeur émérite de l’université de Tours et membre de l’institut universitaire de France, n’exagère pas en ce dimanche 16 Octobre. La conférence Syrie et Mésopotamie antiques: ce que nous leur devons a tellement de succès qu’une retransmission sera prévu dans le hall pour les déçus de la file d’attente. Le débat s’inscrit dans l’actualité de l’éducation nationale : pourquoi avoir remis au programme des secondaires, après des années d’absence, le choix pour les enseignants de faire découvrir à leurs élèves l’Orient ancien, celle des Égyptiens, Assyriens, Babyloniens et Phéniciens du IIIème Millénaire avant Jésus Christ ? Et pourquoi les peuples antiques de Syrie et d’Irak font moins rêver que ne le fait Égypte ? Ce sont les questions auxquelles vont tenter de répondre Brigitte Lion, professeure à l’université de Tours, et Francis Joannès, professeur à l’université de Paris I Panthéon Sorbonne dans cette conférence où Maurice Sartre se place un peu comme maître de cérémonie, distribuant les questions à tour de rôle aux deux intervenants et les commentant avec humour.

Mais tout d’abord, devons-nous un héritage, la Mésopotamie nous a-t-elle transmis un ou plusieurs savoirs ? Qu’en est-il par exemple de l’écriture, dont on dit qu’elle y est née il y a plus de 5 000 ans ? Pour Brigitte Lion, c’est simple elle vient de Mésopotamie, bien que le rôle de Égypte et du Levant ne soit pas à taire. Mais pour nos écritures d’Europe et du Proche-Orient, comme l’alphabet arabe, c’est bien ce premier foyer d’invention qui en est la cause, par la découverte à Ougarit d’un alphabet cunéiforme dont à découler la plupart des autres graphies. L’écriture a alors un rôle de mémoire, de conservation, au but économique surtout comme l’atteste le nombre de sources (tablettes d’argile) retrouvées sur le sujet. L’empire mésopotamien se définit par sa comptabilité enregistrée selon Francis Joannès.

L’écriture a également permis de démontrer l’importance du roi dans l’harmonie de la vie sociale, comme l’atteste le code d'Hammourabi (1750-1760 avant J-C), que F.Joannès présente comme un recueil de jurisprudence, dont l’esprit fondamental est de montrer que le pouvoir du roi est précisément de corriger les défauts qui peuvent intervenir dans la vie sociale, et cela à tous les niveaux puisque les articles vont de l’affaire familiale à la fixation du salaire d’un ouvrier. Le code d'Hammourabi réglemente aussi les affaires de coups et blessures par des décrets s’assimilant aux fameuses « lois du Talion », devenant ainsi le marqueur d’un régime social régulé, policé, où la vendetta n’est plus permise. C’est aussi un idéal de justice, puisque la stèle a été frappée « pour que le fort n’opprime pas le faible ».

Le roi a également un rôle économique, comme va l’expliquer B.Lion. Entre 1800 et 1600 avant J-C, la Mésopotamie est marquée par une crise économique endémique qui aboutit à une nouvelle peine, celle de la mise en esclavage pour dettes, qui bouleverse, désunit la société en introduisant des écarts de fortune et de situation et, parce qu’il enlève des contribuables au roi, oblige celui-ci à mettre en place un nouveau système : des édits royaux sont émis pour annuler les dettes en cas de situations critiques qui demandent l’effort de tous les contribuables, les peines et l’esclavage de l’endetté sont aussi annulées. Cependant, ce n’est pas permanent, cela s’applique seulement lors de l’émission de l’édit, de manière rétroactive sur les dettes, qui peuvent donc être ré-appliquées le lendemain si il n’y a pas de nouvel édit (contrairement aux abolitions définitives de Solon – Grèce, vers 600 avant J-C).

Les conférenciers tiennent également à souligner qu’il existait en Mésopotamie une liberté au sein de la population, des organisations politiques hors du pouvoir royal, comme les assemblées, bien loin du cliché de l’Orient sous l’esclavage d’un roi tout puissant. Roi qui d’ailleurs n’est pas divinisé, mais légitimé par son ascendance royale et le soutien que lui apportent des dieux, en contrepartie d’une certaine conduite morale et d’un rôle de justice. Voilà pour l’aspect socio-politique.

Quant au domaine scientifique, la logique binaire et géométrique des mésopotamiens, dans le cas de la divination et de l’agronomie par exemple, a abouti à une utilisation algébrique et à une véritable connaissance mathématique s’appliquant sur des problèmes concrets. F.Joannès va même jusqu’à leur attribuer les prémices de l’algorithme ! Du moins on ne peut désormais plus nier une véritable science héritée des Mésopotamiens. Des transmissions de ce savoir ne peuvent être que suggérées, tout comme les affiliations entre mythes, de celui de Gilgamesh aux récits d’Homère, ou le déluge, épisode commun avec la Bible.

M.Sartre rappel cependant qu’il faut relativiser l’apport de la Mésopotamie sur notre civilisation, beaucoup des composantes de ces civilisations sont radicalement différentes des nôtres, et nous ne comprenons pas encore entièrement cette société, cette vision du monde.

Mais qu’en est-il du but initial de cette conférence, c’est-à-dire expliquer le retour de ces civilisations au programme scolaire ? L’invité d’honneur, l'iranologue Pierre Briand se dit frustré par l’oubli de l’Iran au rendez-vous de l’histoire, et de l’Empire Achéménide en générale au programme de secondaire. Il juge également l’intitulé du débat trop « européo centré » et politiquement correct, dans un but de « soulager » sa conscience face aux anciennes idées coloniales, lorsque les choses étaient inversées et que c’était aux populations afro-asiatiques de nous être « redevables ».

L’intérêt de cette conférence, autre que didactique, et d’avoir rappelé une règle fondamentale pour la connaissance de chaque civilisation : celle de se méfier de la récupération d’héritages culturels, de l’instrumentalisation des objets historiques à des fins politiques et idéologiques comme cela se fait beaucoup trop, notamment citons le Cylindre de Cyrus, utilisé par le régime des Mollahs pour restituer un passé glorieux.


Katy Perisse.


Entretien avec Brigitte Lion.


- Est-ce votre première participation aux rendez-vous de l'Histoire ?

Non, je suis venue dès la première édition, en 1998, avec Cécile Michel, car nous pensions qu’une telle initiative était appelée à se développer. Nous avons présenté une conférence sur les écritures cunéiformes et l’exposition que nous avons organisée par la suite, qui a été exposée aux 14ème RVH, est, finalement, un développement ultérieur de ces travaux en direction de nos collègues non spécialistes du Proche-Orient et du grand public. C’est là aussi que nous avons eu l’idée d’écrire le nom des gens en cunéiforme, ou de le leur faire écrire, sur des tablettes d’argile. Depuis, nous le faisons systématiquement à toutes les manifestations visant un large public, voire en cours, pas (seulement) pour amuser les auditeurs, mais pour leur montrer très concrètement comment fonctionne le syllabaire utilisé pour noter l’akkadien et les sensibiliser aux gestes des scribes antiques. Enfin, le projet de Francis Joannès pour un Dictionnaire de la Civilisation Mésopotamienne était déjà lancé, mais l’ouvrage n’avait pas encore trouvé d’éditeur ; nous avons donc profité de la présence de multiples éditeurs pour prendre contact avec une dizaine d’entre eux, et nous en avons trouvé un ; le livre est sorti en 2001.

Cécile Michel et moi sommes revenues l’année suivante, le thème des deuxièmes RVH était « les nourritures terrestres ». Nous avons présenté, toujours à deux voix, une conférence sur le banquet du roi assyrien Assurnasirpal II, au IXe s. av. J.-C. Là aussi, il y a eu une suite, notamment le numéro 280 de la revue Dossiers d'Archéologie, Banquets et fêtes au Proche-Orient ancien (février 2003).

En 2004, la SOPHAU (Société des Professeurs d’Histoire Ancienne des Universités) a souhaité envoyer des représentants à Blois ; j’y suis allée à ce titre, avec d’autres collègues. Ces 7èmes Rendez-Vous étaient consacrés à l’histoire des femmes et j’ai fait une communication sur les femmes scribes en Mésopotamie.

Enfin je suis passée à Blois il y a deux ans, aux 12èmes RVH, sur « le corps », juste pour écouter parler les autres.

- Avez-vous assisté à des conférences ? Si oui, lesquelles ?

J’ai suivi le débat de mes collègues de Tours (Catherine Grandjean et François-Olivier Touati) et d’ailleurs (Marc Bompaire, Cécile Bresc) sur « l’Or de L’Orient », celui organisé par la revue Le Monde de la Bible sur « la découverte de l’Orient ancien » (Estelle Villeneuve, Bertrand Lafont), ainsi qu’un atelier destiné aux collègues de l’enseignement secondaire puisque l’Orient est au programme de 6ème. J’ai pu aussi écouter l’interview de Taslima Nasreen. Après un concert franco-chinois, un passage au cinéma et plusieurs expos, je suis rentrée épuisée et très frustrée de n’avoir pas pu entendre et voir tout le reste.

Un regret spécial: j’ai raté Jean-Marie Moine qui chantait des chansons sur l’Orient colonial au buffet de la gare pendant que j’animais un atelier. S’il pouvait en faire une deuxième édition à Tours aux Tanneurs

- Quel est selon vous le rôle des Rendez-vous de Blois dans la transmission de l'Histoire au grand public ?

Le « grand public » est très divers et a des attentes multiples. Le point commun des gens qui viennent à Blois, c’est évidemment leur intérêt, et souvent leur passion, pour l’histoire.

La présence des éditeurs à Blois offre un grand choix de livres, dans tous les domaines ayant rapport à l’histoire, des manuels aux romans historiques en passant par la BD, et donne à chacun l’occasion de faire son marché. Les gens viennent écouter les conférences des auteurs dont ils ont lu les livres, ou qui vont leur donner envie lire ces livres, il y a parfois foule aux stands des éditeurs pour les dédicaces !

Les différents débats permettent de faire des points historiques rapides sur une question que le public peut ainsi soit découvrir, soit approfondir, en allant à l’essentiel et en repartant avec quelques titres bibliographiques pour aller plus loin. Les questions posées par les auditeurs témoignent de leur curiosité et aussi, dans de nombreux cas, d’une très bonne connaissance du sujet abordé et de lectures approfondies.

Je ne sais pas si on peut classer les étudiants dans le « grand public » ? A vous de répondre. L’un des intérêts, pour eux, me semble la possibilité d’entendre parler d’autres personnes que leurs professeurs, ou de rencontrer des gens qui sont pour eux des noms sur une couverture de livre.

En 2004 j’ai rencontré à Blois les Clionautes : là, on sort du grand public puisqu’il s’agit d’une association d’enseignants d’histoire-géographie du secondaire, souvent jeunes (et donc ayant quitté depuis peu les bancs de l’université), qui souhaitent garder un contact étroit avec la recherche même si leur métier est très prenant. Ils partagent plein d’informations par internet, font des comptes rendus d’ouvrages scientifiques et mettent même en ligne des comptes rendus des débats et conférences qu’ils ont suivis aux RVH pour leurs collègues qui n’ont pas pu y venir.

La passion réunit toujours : dans les queues qui se forment pour suivre telle ou telle conférence, les gens qui ne se connaissent absolument pas se mettent à parler d’histoire, à commenter ce qu’ils ont entendu…

L’essentiel, c’est que le public perçoive que l’histoire n’est pas un discours figé que l’on reproduit, mais une discipline qui se construit et se transforme sans cesse. Quand on parle de « recherche » en histoire, cela reste souvent très abstrait pour le grand public. En revanche quand les gens se rendent compte, au cours d’un débat, que ce qu’ils entendent ne correspond plus à ce qu’ils ont appris en classe, qu’il y a des travaux en cours sur tel ou tel sujet, pas nécessairement parce qu’on a découvert de nouvelles archives, mais simplement parce qu’on porte un autre regard sur des sources déjà bien connues, ils comprennent beaucoup mieux ce que signifie « faire de la recherche ». Et j’espère qu’ils reviennent l’année suivante.

- Actuellement, le Proche-Orient, et plus particulièrement l'Irak, est le théâtre de conflits. Quels sont les conséquences de cette guerre sur les fouilles effectuées en Syrie et en Irak ?

En Irak, tout le monde espère que le pire appartient au passé. Les archéologues irakiens ont repris les fouilles, par exemple sur le site d’Ur, qui n’a pas souffert des pillages. Dans le nord, au Kurdistan, où la situation est à peu près stable, il y a depuis quelques années il y a des missions d’une dizaine de pays. En ce moment s’y tient un colloque auquel participent de nombreux collègues de tous les pays. Le drame, ce sont les pillages des sites archéologiques, surtout ceux du sud. On a vu arriver ces dernières années, dans différents pays, dans des collections privées, des milliers de tablettes dont le contexte archéologique est définitivement perdu et détruit. Gardons-nous d’accuser les Irakiens : la corruption se joue toujours à plusieurs et, sans acheteurs (non irakiens, en général), ces pillages n’existeraient pas ; d’ailleurs, la même situation pourrait exister n’importe où, l’appât du gain est sans frontières. Mais les Irakiens perdent là à la fois leur patrimoine archéologique et le potentiel touristique sur lequel ils pourraient compter, après ces années difficiles.

En Syrie, la situation était jusqu’à l’année dernière très favorable aux archéologues, quel que soit le jugement que l’on porte sur le régime en place : l’Iran étant assez peu ouvert aux chercheurs étrangers et l’Irak en guerre, la Syrie et la Turquie voyaient affluer des demandes de permis de fouilles de tous les pays. Les missions étaient très nombreuses, par exemple les archéologues français fouillaient tous les ans à Mari et à Ougarit, deux sites majeurs découverts dans les années 1930, à l’époque du mandat. Les relations avec les collègues syriens étaient très bonnes. Mais en ce moment, toutes les fouilles sont annulées, dans l’attente des évolutions politiques.

- Quant au pillage du musée de Bagdad en 2003, à quel point a-t-il lésé l'assyriologie ?

Il a d’abord lésé les Irakiens de leur patrimoine et de leur rapport à l’histoire de leur pays. À l’heure actuelle, je ne sais même pas si l’inventaire complet de ce qui a été volé a pu être fait : les bureaux du musée ont eux aussi été saccagé et les catalogues des objets ont été détruits, les conservateurs ont un énorme travail à fournir.

De nombreux objets volés sont tout de même répertoriés. Des listes d’objets disparus ont été communiquées à la police et aux services des douanes de tous les pays, qui parviennent parfois à les retrouver et à les rendre aux autorités irakiennes.

Mais les objets sont parfois très difficiles à retrouver. Des lots entiers de sceaux-cylindres ont disparu : il s’agit de petits cachets cylindriques, ornés de dessins, portant parfois aussi le nom du propriétaire, qui servaient aux gens à sceller les tablettes d’argile. Ils ont une grande valeur artistique… et marchande, surtout s’ils sont gravés sur des belles pierres (lapis lazuli, cornaline, cristal de roche). Ils ne mesurent que 2 ou 3 cm et sont donc très faciles à dissimuler. Certaines pièces disparues, comme le masque en cuivre d’un roi d’Akkad, sont tellement précieuses et célèbres qu’elles sont invendables : elles figurent dans tous les manuels d’histoire ou d’histoire de l’art !

Il y a tout de même eu quelques très bonnes surprises: le vase d’Uruk, datant du IVe millénaire et portant des reliefs qui représentent des cérémonies en l’honneur de la déesse Inanna, a été volé, puis rapporté au Musée. Certaines personnes, en voyant les pillages, ont pris chez elles des objets, puis les ont rendus quand la situation est devenue un peu plus calme.

- Dans ce contexte, quel avenir pour l'assyriologie ?

Nos collègues irakiens continuent à travailler avec acharnement. Ceux de Bagdad nous ont dit que, même pendant les bombardements, ils n’avaient presque jamais cessé de faire cours et que les étudiants étaient venus à l’université. Notre collègue de Mossoul, Ali al-Juboori, puisque tout avait été pillé dans son université, a écrit un dictionnaire akkadien-arabe, qui permettra aux générations futures d’avoir une approche directe de la langue akkadienne, sans commencer par les dictionnaires akkadien-allemand et akkadien-anglais, indispensables, mais pas très pratiques pour des débutants.

L’avenir, c’est à la jeunesse de le construire. De nombreux étudiants irakiens en archéologie et en histoire sont actuellement en formation en France et dans d’autres pays, renouant ainsi avec une tradition qui avait été interrompue sous Saddam Hussein. Ce sont eux qui, nous l’espérons, prendront les choses en main dans leur pays dans un avenir proche, et le mèneront à un bon niveau de recherche.

En Syrie, quelle que soit l’évolution politique, les contacts avec l’extérieur n’ont jamais été rompus. Les collaborations internationales avec le service des antiquités se passent bien. Dans ce cas aussi, nombreux sont les étudiants présents en France (et dans bien d’autres pays), qui vont rentrer chez eux avec un bon niveau de formation, en parlant et lisant plusieurs langues, en rapportant des livres… ce sont eux qui formeront les générations futures.

Enfin, les bouleversements technologiques de ces dernières années profitent à tout le monde ; avec une liaison internet, on dispose maintenant de nombreuses ressources en ligne : magnifiques photos de tablettes sur lesquelles on peut travailler, translittérations et traductions des textes avec possibilité de recherches automatiques, articles, livres… et parmi les livres, des dictionnaires (akkadien-anglais, sumérien-anglais) ! Tout cela est très utile pour nous, et plus encore pour des pays qui n’ont pas eu les moyens de constituer de vraies bibliothèques de recherche, qui coûtent très cher.

Merci à Brigitte Lion pour ses réponses et son amabilité.

Entretien réalisé par Katy Perisse et Anaïs Prieto.



dimanche 30 octobre 2011

La virilité, une question d'époques ?



Cette rencontre, proposée par les éditions du Seuil, réunissait Perrine Kervran (historienne et journaliste) ainsi que les auteurs de l'Histoire de la Virilité sortie quelques jours plus tôt : Jean-Jacques Courtine (professeur à l’université de Paris III Sorbonne Nouvelle), Georges Vigarello (professeur à l’université de Paris V) et Alain Corbin (professeur à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, malheureusement absent lors de la conférence). Cette oeuvre monumentale d'environ 1600 pages est divisée en trois tomes. Le premier, « L'invention de la virilité de l'Antiquité aux lumières », est dirigé par Georges Vigarello, spécialiste de l'histoire du corps ; le second, « Le triomphe de la virilité, XIXè siècle », par Alain Corbin, spécialiste des mentalités ; le dernier, « La virilité en crise ? Xxè-XXIè siècle », par Jean-Jacques Courtine, plutôt spécialisé dans l'histoire du corps et de l'identité. Ce choix d'un découpage chronologique est une réponse en soi à la problématique : oui, la virilité est une question d'époques. Ce que l'on apprend en revanche, c'est comment celle-ci a évolué.


La virilité est un idéal de perfection, apparu à l'Antiquité. Comme tout idéal, il est inaccessible, d'autant plus qu'il évolue avec les canons de l'époque. Les virilités antique et médiévale, qualifiées de « force abrupte et domination indiscutée » par Georges Vigarello, montrent une affirmation des hommes entres eux, y compris grâce à l'Éros masculin. A l'époque moderne apparaît le gentilhomme, brave, élégant, et coureur de jupons, tandis que l''époque contemporaine est celle d'un homme courageux et autoritaire à l'opposition du lâche, de l'impuissant et de l'efféminé. On remarque que de grandes caractéristiques perdurent, même si elles ne s'affirment pas de la même façon. La force physique et morale, la puissance sexuelle et la domination masculine sont toujours valorisées.

Avec l'affirmation du droit des femmes et l'instauration de lois à l'encontre de la violence domestique, le modèle de l'homme viril, vu comme « macho » est aujourd'hui moqué. Ce phénomène de « dé-virilisation » inquiète certains philosophes et psychanalystes qui déplorent le déclin de l'autorité masculine face à la toute-puissance d'une gente féminine vue comme castratrice.

De mon point de vue, ces inquiétudes sont assez archaïques. En effet, si les femmes demandent, à juste titre, l'égalité et le respect, elles ne demandent pas la mort de l'homme viril. La masculinité doit peu à peu se réinviter et s'adapter aux nouvelles moeurs, comme elle l'a déjà fait, à plusieurs reprises, par le passé.


Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, et Georges Vigarello, Histoire de la virilité, 3 tomes, Éditions du Seuil, 2011.

lundi 17 octobre 2011

Ramsès II, le premier pharaon à prendre l'avion !


Ce dimanche a eu lieu la conférence de Robert Solé sur Ramsès II. L’intervenant franco-égyptien étant ancien journaliste au Monde et écrivain (et non pas égyptologue) nous propose un récit des « aventures » de la momie de Ramsès, plein d’humour, à partir de son nouvel ouvrage La vie éternelle de Ramsès II. Dans ce livre il enquête sur les mésaventures de la momie de celui qu’il appel LE Pharaon, qui est l’homme des superlatifs avec plus d’une demi-douzaine d’épouses légitimes, au moins cents enfants, un règne de 67 ans et des monuments gigantesques à sa gloire tels le temple d’Abu Simbel. Il est aussi connu pour être le premier communicant de l’histoire.

Robert Solé nous propose en introduction un rappel sur la momification, son procédé mais aussi sa signification. En effet le défunt doit réunir tous les éléments de sa personne et tout ce qui est immatériel (son nom, son ombre et son esprit) afin de poursuivre sa vie après la mort. Le temps de momification doit durer 70 jours : le temps des manipulations "chirurgicales" effectuées sur le corps du défunt, et le temps à l'ancien souverain pour devenir un nouvel Osiris, en référence au temps qu’il a fallu à Isis épouse et femme d’Osiris pour retrouver et rassembler les morceaux du corps de celui-ci préalablement dispersé par Seth, leur frère. Une fois momifiée la dépouille de Ramsès fut mise dans un tombeau, pillé une première fois à l’Antiquité puis une seconde fois alors que le sarcophage se trouvait dans le tombeau de son père. Déplacées, ce n’est qu’en 1881 (22 siècles plus tard!) que l'on retrouve ainsi une trentaine de cercueils royaux cachés dans les monts Thébains. Les momies des illustres dirigeants vont ainsi être ramenées au Caire par Gaston Maspéro, qui devient, à la suite d'Auguste Mariette, le deuxième directeur des antiquités égyptiennes du Caire. Robert Solé nous fait part d’une anecdote plutôt comique concernant ce transport : une fois le bateau transportant les vestiges arrivé à la douane, le terme de « momie » n'existant pas dans les listes officielles d'enregistrement d’objets, toutes les momies furent enregistrées en tant que "poissons séchés" ! Ainsi après 18 siècles après sa mort, la momie de Ramsès II se retrouve dans les murs du musée du Caire où elle va subir une séance de démaillotage (c'est-à-dire que l'on retire le tissu bande par bande) en 1886 afin de prouver l’authenticité du souverain, et découvrir à cette occasion quelques détails supplémentaires comme le fait que le pharaon soit roux!

La momie continue son ballotage, va être à plusieurs reprises déplacée dans des lieux divers dont le domicile du directeur du musée ou elle sera temporairement exposée parmi d'autres. Mais surtout, dans les années 1970 Ramsès II devient le premier Pharaon à prendre l’avion ! La momie étant malade (on s'aperçoit de la présence de champignons liée à une mauvaise exposition et conservation du corps au Caire) celle-ci fut officiellement invitée par le Président Giscard d’Estaing à venir se faire soigner à Paris dans les transports confortablesde l'aviation militaire. A son arrivée à l’aéroport du Bourget, elle est accueillie par la Garde Républicaine qui lui offre un tour de la place de la Concorde et de l’obélisque jadis ramené par Napoléon de ses conquêtes d'Égypte, (Ramsès devait se délecter des quatre faces sculptées de motifs à sa gloire) avant d'être déposée au Musée de l’Homme pour être soignée de ses parasites, mobilisant ainsi plus d'une vingtaine de spécialistes.

Faute de temps mais désireux de répondre aux questions du public l’écrivain termine son discours sur la place de la momie aujourd’hui au sein du musée, qui de retour au Caire s'est trouvée dans la salle des momies royales créée principalement dans le but de les rassembler à l'abri, cette fois, des ballotages et des risques d'infection, et ainsi éviter de nouveaux frais colossaux!

La question de l’exposition du corps d’un défunt est toujours d’actualité et reste constamment débattue dans le cercle des historiens et des politiques passionnés d'Égypte.

M.V & J.P

Les arts de l'Islam : une invention Occidentale? Rémi LABRUSSE

En préalable, E. LABRUSSE rappel que l'étude durant cette conférence porte sur l'Islam en tant qu’entité culturelle et non en tant que religion.
Nous pouvons constater un ensemble cohérent allant de l'Espagne à l'Inde, de l'Asie centrale à l'Afrique Sub-Saharienne et du VIIe siècle à aujourd'hui. Cependant, malgré les contacts depuis la naissance de l'Islam, l'art de l'Islam a été identifié comme tel au cours du XIXe siècle en Europe. Nous pouvons voir que l'émergence de ce terme au même moment où les artistes remettent en cause le principe de la mimésis et celui de la narration, concepts même que l'art de l'Islam ne met pas en œuvre.

E. LABRUSSE évoque après ce préambule les deux grandes forces contradictoires qui voient le jour en Europe au XIXe siècle. Le premier est un sentiment vertigineux de faiblesse et d'infériorité auquel s'oppose une conscience et une expérience de la puissance. Ce dernier point se lie avec une maîtrise économico-politique du monde et une volonté encyclopédique qui perdure. Ces volontés mènent a une extension géographique qui accroit la masse d'objets et d'images de provenances de plus en plus éloignées. Nous pouvons constater ce phénomène avec la situation coloniale ou para-coloniale qui malgré les cas de violence concrète et symbolique, se voit accompagné d'un désir plus grand.

Nous pouvons également remarquer que ces objets vont de paire avec un désir de voyage et de connaissances. Ainsi des architectes européens vont voyager en Égypte, en Iran etc.. afin de publier des ouvrages sur les monuments que ces architectes-voyageurs avaient pu voir. A ce titre nous pouvons citer P. COSTE qui, subventionné par Napoléon III, a publié un livre sur les monuments du Caire, puis sur ceux d'Iran. L'anglais O. JONES va ,quant à lui, proposer en 1886,The Grammar of Ornament, qui peut dans une certaine mesure apparaitre comme un outils pour les Européens pour qu'ils puissent piocher dans ce vocabulaire visuel créé en Orient. Nous pouvons également voir que les peintres, comme les architectes, se sont penchés sur cet Orient. Nous pouvons constater que ces peintres orientalistes reprennent cette appellation aux orientalistes qui menaient des études linguistiques. Parmi ces peintres nous pouvons citer Jean-Léon GÉROME qui reprend le langage visuel de l'art de l'Islam mais comme fond pour des scènes narratives, ce qui vient contre-dire cet art qui justement apparait comme un pur jeu visuel. Nous pouvons le constater avec son œuvre de 1882, Un lévrier qui n'aime pas le tabac, dans lequel on peut voir la reprise des faïences.

Pour conclure, E. LABRUSSE constate que le traitement de l'art de l'Islam est aujourd'hui traité de deux façons. La première qui serait "essentialiste" et qui reste dans le rêve de l'homogénéité mais qui cependant créé des fractions dans ce groupe utilisant des dénominations dynastiques. La seconde façon serait l'option dé-constructrice, qui serait dans une position post-coloniale. Cependant, la dénonciation qui est portée peut ,comme nous le rappel E. LABRUSSE, tendre vers un discours moralisateur. Nous pouvons notre que cette seconde manière encrée dans la négativité n'est pas tenable face aux institutions qui comptent, elles, sur les grandes nominations.

M. O.

dimanche 16 octobre 2011

Le voile des femmes : Notre orient en question

Intervenants : Jocelyne Dakhlia (directrice d’études à l’EHESS), Frédéric Lagrange (maitre de conférences à l’université de Paris IV), Sophie Lalanne (maitre de conférences à l’université de Paris I) , Siobhan Mc Ilvanney (Senior Lecturer au King’s College de Londres), Florence Rochefort (directrice de recherche au CNRS), Christelle Taraud (professeure à l’université de New York et à l’université de Columbia de Paris).


« Le voile des femmes est associé à l’Islam dans la France contemporaine. Cette table ronde rassemble des spécialistes des différentes périodes pour examiner comment s’est élaborée historiquement en France, une vision spécifique de la femme voilée »




Présentation historique dans l’Antiquité : Le citoyen grec porte une pièce de tissu drapé qui symbolise l’honorabilité. Le drap relevé sur la tête est un signe d’austérité en cas de deuil par exemple. Se couvrir la tête concerne les femmes d’un certain statut social, pour montrer leur respectabilité, leur honorabilité contrairement à celles issues des milieux populaires, ruraux ou prostituées. Au 1er siècle après J-C dans son épitre au corinthiens St Paul justifie le port du voile pour les femmes, il montre leur obéissance à l’homme et donc à Dieu.
Chez les Celtes le voile est considéré comme un ornement.


Historiquement le voile dans les cultures arabo-musulmanes permet de séparer les sexes, de protéger sa virginité, et de se dérober au regard des hommes comme l’indique un verset du Coran (« Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes : sûr moyen d'être reconnues (pour des dames) et d'échapper à toute offense - Dieu est Toute indulgence, Miséricordieux ») Le port du voile distingue la femme libre (hurra), des femmes de condition inférieure. Dans l’empire Ottoman, le voile séparait le souverain du peuple, le sacré du profane.


Avant le XIXème siècle le clivage entre les deux religions musulmane et chrétienne se fondait surtout sur la polygamie et non sur le voile. A partir du XIXème siècle, le voile devient un critère fort de différentiation surtout face au colonialisme ou s’occidentaliser c’est se dévoiler. En effet on constate une revendication identitaire. La femme voilée est donc la garante des valeurs.


Historiquement le voile était plutôt porté dans les villes ou à cause de l’anonymat il faut séparer hommes-femmes de façon visible. Avec la colonisation (conquête d’Alger en 1962) le voile dans les tableaux ou les photographies est pour les occidentaux un artifice de la femme perçu sur un mode de sexualisation et renvoie à un imaginaire de la sexualité cachée, le voile est fétichisé et annonce l’inéluctabilité de la nudité. Le voile est aussi perçu comme émancipation dans la mesure ou il permet aux femmes de sortir de leurs maisons, ce qui amène un questionnement sur leur compatibilité avec la modernité.


Jusqu'au début du XXème siècle, sortir en cheveux en France est inconcevable, se couvrir la tête renvoie à une catégorie sociale et permet de distinguer la sphère publique de la sphère privée. Après la séparation de l’église et de l’Etat en 1905 et Vatican II , le voile n’a plus la même importance. Il est perçu comme un signe d’appartenance religieuse et représente donc une intrusion dans la sphère publique, ce qui peut expliquer le rejet en France.


En Tunisie le président Bourguiba demande aux femmes de ne plus porter le voile pour s’émanciper, pour représenter la progression sociale. Le modèle occidental entre aussi en conflit avec la quête identitaire de certains qui prônent le voile. Il est perçu comme une régression des droits des femmes (En Iran par exemple ou la Charia l’impose).



-Comment expliquez-vous le fait qu'il y ait beaucoup plus de femmes voilées aujourd'hui en Turquie et en Tunisie qu'auparavant?


Le mouvement du voile en Turquie a commencé avant la France, c'est un mouvement de fond. Alors est- ce qu'il faut le lier à l'évolution des tensions avec l'OTAN, la communauté iranienne? Par exemple, en 1989: il y a la guerre du golf et toutes ces tensions font que le voile devient un marqueur de différence. En effet, les laïques occidentaux ont souvent imposé leurs idées de manière autoritaire en forçant les femmes à ôter leurs voiles et il y a eu très clairement un retour du bâton face à cette modernité imposée de manière un peu accélérée. Pour ce qui est du voile du Caire, il me semble qu'on peut et on a raison de voir l'arrivée de l'Islam politique à la fin des années 70, et ceci a pour conséquence immédiate un « re-voilement » des femmes, qui se fait aussi rapidement dans le cadre égyptien que le dévoilement s’était fait dans les années 30. Mais ce que cache cette analyse, qui n'est pas fausse, c'est que le voile permet également l'accession à la mixité d'un ensemble de catégories sociales qui en étaient auparavant privées et permet aussi aux jeunes femmes et jeunes hommes de se fréquenter ; ce qui ne pouvait exister à cet âge d'or des années 60 où les femmes n'étaient pas voilées. les représentations de la culture populaire de type cinéma ne montreront jamais une femme voilée puisqu'il s'agit de diffuser un modèle. Cependant la jeune fille non voilée va peut- être à l'université et ne se «cache» plus en public, mais cette dernière ne parle jamais à un garçon, tandis que la femme portant le voile peut désormais s'afficher en couple sur les bords du Nil par exemple. Tout un ensemble de catégories sociales qui n'avaient pas accès à la mixité y ont accédé en payant une dîme que l'on peut estimer trop lourde selon son point de vue. Mais il faut garder en mémoire, que cela a été la possibilité d'une rencontre des sexes dans l'espace public et un accès au monde du travail également.



-Vous disiez tout à l'heure qu'en Angleterre la question du voile n'était que peu évoquée, mais aujourd'hui après les attentats de Londres, est- ce qu'il y a eu un changement d'opinion?


A Londres il y a beaucoup de femmes voilées, mais les Anglais ne se sentent vraiment pas concernés par les signes visibles de la différence surtout les signes vestimentaires. C'est comme si notre sens de l'unité nationale ne se sentait nullement menacé par ces signes. On est plutôt pour la tolérance, l'ouverture, et pour nous anglais, c'est quand même frappant que les Français se sentent menacés par le voile. Pour nous, ça n'a jamais été un grand souci et ça n'a pas changé depuis les attentats.



Est- ce qu'il n'est pas possible de penser que la gêne française, ou autres que française, vis à vis du voile, outre les raisons historiques, est dû au fait que ce vêtement signifie une adhésion religieuse ou une revendication à une appartenance communautaire ou à une position politique ? Cette gêne ne peut-elle aussi s’expliquer par le fait que cette pièce de vêtement sexualise toute rencontre, et met au cœur de la rencontre la question du désir, alors que les sujets ne veulent peut- être pas que cette question du désir soit en permanence présent entre les hommes et les femmes ?


Les intervenants n'ont pas souhaité répondre!!!




M.J











Cuisine : ce que l'on doit à l'Orient.


Lewis John Frederick, Le repas de midi au Caire
1875


Samedi 15 octobre, 16h15. La file d'attente est longue pour cette conférence, carte blanche à l'Institut Européen d'Histoire et des cultures de l'Alimentation (IEHCA) et à la revue Hommes et Migrations. Après une installation rapide, la table ronde débute, sous la direction de Jean-Pierre Williot, professeur à l'université de Tours. Jane Cobbi (anthropologue et chargée de recherche au CNRS) nous parlera du Japon, Brigitte Sébastia (anthropologue à l'institut français de Pondichéry), de l'Inde, et Rami Zurayk (professeur à la faculté d'Agronomie de l'université de Beyrouth), du Liban.

Lors de la préparation de cette table ronde, différentes approches ont été envisagées : celle de la circulation des épices et la multitude d'enjeux éco-géopolitiques qui en découlent, celle de la découverte et de l'intégration des produits orientaux à la culture occidentale. C'est finalement l'approche de la diffusion des modèles culinaires qui est choisie. En effet, depuis quelques années, la cuisine ethnique est partie à la conquête de nos assiettes, et de nos rues. Comment ce patrimoine immatériel a-t-il pu arriver jusqu'à nous ? C'est à cette question que vont répondre, brillamment, les intervenants.


La transmission culturelle se fait en grande partie par les immigrants. A leur arrivée en France, les Tamouls du Sri Lanka ouvrent de petites épiceries de produits indiens. Dans les années 1990, les produits dits « ethniques » deviennent à la mode. Les épiceries, jusqu'ici surtout fréquentées par la communauté indienne, s'ouvrent au reste de la population. La mécanique est la même pour les cuisines maghrébines et proches-orientales. Peu à peu, ces cultures s'intègrent à la restauration et la cuisine de rue.

La cuisine japonaise est une exception. Très à la mode aujourd'hui, elle fut longtemps marginalisée, provoquant le dégoût des palais français. Fascinés par la gastronomie hexagonale, les Japonais invitent chez eux de nombreux cuisiniers tels que Paul Bocuse et Alain Ducasse. Ceux-ci découvrent alors une cuisine précise, codifiée, et une multitude d'instruments (les fameuses batteries de couteaux japonais), et les importent en France.

Cependant, cet apport de techniques se fait avec une certaine simplification. Par exemple, le Sashimi, vu en France comme une recette de poisson, est en réalité une technique de découpage précise, utilisée pour le poisson, mais aussi la viande et les légumes.


La question qui se pose est alors la suivante : voyage-t-on réellement en dînant dans un restaurant ethnique ? La réponse est décevante. En effet, les restaurants exotiques s'adaptent à la culture réceptrice, et utilisent images et clichés, afin d'inviter au rêve mais surtout à la consommation.

Par exemple, les restaurants libanais servent en réalité le résultat d'un brassage culinaire entre Liban, Turquie et Syrie, adapté aux goûts occidentaux. Les spécificités locales sont passées sous silence : comme en France, la cuisine du Nord et du Sud de l'Inde sont très différentes, mais rien ne les distingue dans les restaurants indiens. Enfin, un produit comme le sushi, très à la mode, n'est en réalité pas représentatif de la gastronomie nippone, et pourtant, c'est le premier plat qui nous vient à l'esprit lorsque l'on nous parle cuisine japonaise.

Ainsi, en dînant dans un restaurant exotique, c'est une image commerciale, « occidento-centrée », que l'on consomme. Un voyage peut être, mais toujours à l'européenne.


samedi 15 octobre 2011

La presse fait elle de l'Histoire ?


Ce samedi par un après-midi ensoleillé à eu lieu le débat de : La presse fait elle (de) l’Histoire ?

Cette discussion réunissait les protagonistes suivants (sur la photo de gauche à droite) : le journaliste Jean Lebrun animateur de l’émission Toute une histoire sur France Inter, Jean Birnhaum journaliste au journal Le Monde, Nicolas Offendsadt maître de conférence et historien français, Antoine de Baecque historien et critique de cinéma français et Jean-Noël Jeanneney historien des médias et homme politique français. Tous ces hommes en lien avec l’histoire d’hier et d’aujourd’hui ont essayé de répondre à la question : La presse fait elle de l’Histoire ?
Le médiateur de cette conférence était Jean Birnhaum qui a commencé par présenter toutes les personnalités. Puis la discussion autour de la question s’est ouverte par Nicolas Offendsadt. Son point de vue est que la presse permet de se déterminer sur le présent à condition d’être appuyée sur une réflexion savante et historique. Pour lui le journalisme et l’histoire sont deux mondes totalement différents et étanches. De plus cela comporte des dissemblances au niveau des enjeux par exemple l’artifice de l’écriture qui a un sens pour le journaliste. En effet il faut que à la fin de son article il y ait toujours une chute afin d’interpeller le lecteur, alors que pour l’historien cela n’est pas essentiel lorsqu’il rédige un article scientifique. Pour Antoine de Baecque, qui a travaillé longtemps pour le journal Libération à la rubrique culture, le problème entre l’histoire et la presse est de justement faire passer un message historique dans un article de presse. Surtout dans les quotidiens ! Le journaliste a surtout évoqué la méfiance liée à la temporalité et le savoir de l’historien face aux journalistes, ce qui a appuyé l’opinion de l’historien Offendsadt sur le fait que l’histoire et la presse sont deux mondes à part. Cependant Jean Lebrun n’était pas de cet avis, pour lui, ce sont deux mondes étanches, complémentaires et indissociables. « Chaque vie est différente d’une autre et elle a une raison d'exister » ainsi lorsqu'un journaliste et un historien se retrouvent c’est une vraie aventure humaine qui a lieu autour d’un même individu ou d’un même événement. Cela permet alors d’entrevoir au travers d’un point de vue différent chaque aspects d’une vie ou d’un fait. La conclusion de ce débat passionnant a été faite par Jean-Noël Jeanneney « chaque conjoncture a une diversité de rythme . » En effet pour lui il n’y a pas de linéarité des événements. Le travail du journaliste est voué à s’entremêler avec l’Histoire ce sont donc deux métiers complémentaires. La pulsation de l’Histoire est nécessaire aux journalistes qui ne peuvent échapper à replacer les événements dans la durée ce qui lui permet (au journaliste) de restituer le rythme du long terme dans l’actualité. Ainsi ceci reste à méditer, et c’est sur ces mots que s’achève dans une ambiance détendue et conviviale ce débat où chacun a essayé d’expliquer sa façon de penser les liens entre l’Histoire et le journalisme avec une ouverture d’esprit et surtout avec beaucoup d’humour !


*Marion Dupuis*

Les Nazis et l'Orient

15/11/2011 9:45-10:45


La conférence porte ce matin sur les relations entre Nazis et Orient. Selon Johann Chapoutot, la conception pour le Reich de l'Orient peut avoir différentes significations. Elle incarne tout d'abord la Russie et l'Europe de l'Est, terres d'expansions de l'espace vital. Par ailleurs, elle comprend aussi le Proche-Orient, berceau du judaïsme et de sa « variante », le christianisme, fondé, d'après la propagande nazie, par des Juifs pour corrompre l'Empire romain, avec succès, et ce malgré l'intervention, trop tardive, des Germains pour tenter de redresser l'Empire. Cet exemple illustre bien le propos de M. Chapoutot, qui propose, à ce moment de la conférence de montrer les différentes ficelles utilisées pour imposer au peuple du Reich l'idée d'une origine de la civilisation germanique venant du Nord. Cette réécriture historique se voit appuyée de nombreux exemples, des Grecs aux Romains (tous d'ascendance germanique), luttant contre l'éternel ennemi oriental, avec succès, avant de succomber par la « contamination génétique », due, selon les Nazis, au métissage, résultant des pertes démographiques liées aux (victorieuses) guerres des peuples grecs et romains.

Paradoxalement, on voit que l'attitude des Nazis au cour de la Seconde Guerre Mondiale va finir par suivre le schéma d'intégration de populations « non-germaniques » à l'armée, jusqu'à la Waffen SS.

Johann Chapoutot nous montre les raisons, ou plutôt les réflexions, qui ont conduit à l'intégration de peuples musulmans à l'armée du Reich. On passe ainsi d'un mépris à une volonté de collaborer avec des dissidents des colonies anglaises et françaises. Hitler et Himmler iront même jusqu'à essayer de théoriser des liens entre Islam et Nazisme, entre autre par l'esprit guerrier étant censé les lier. On retrouve là des clichés liés à de graves méconnaissances. Les résultats de cette politique tant avec les populations des Balkans, que du Raj britannique et du Proche-Orient se révèlera un désastre, sur le plan militaire qu'idéologique (seul un très faible pourcentage des populations visées sera réceptif, notamment parmi certains nationalistes).

Johann Chapoutot nous montre ici, qu'après avoir voulu rejeter l'Orient, leur Orient, les Nazis ont tenté d'utiliser certaines populations, avec un échec total tant du point de vue idéologique que politico-militaire.

Charles Brocherie


Chevaliers et samouraïs: féodalité occidentale et féodalité japonaise.



Vendredi 14 octobre, Dominique Barthélemy et Pierre-François Souyri ont donné une conférence pour débattre de l'éternelle question qui est: Chevalerie Japonnaise et occidentale est-ce pareil?

La société médievale japonaise s'étend du milieu du XIIème siècle jusqu'à la fin du XVIème siècle alors qu'en occident la société médiévale commence autour du IXème siècle.
Dès le XVIeme siècle, les jésuites insistent sur les ressemblances dans les structures sociales des deux civilisations. Marc Block explique que le Japon est peut être le seul pays en dehors de l'occident possédant une période féodale. Mais quelles traces a laissé la société féodale en Occident et au Japon? Trois thèmes ont été abordés le guerrier, les châteaux et les valeurs du guerrier.

Le guerrier japonais est un cavalier, il voue un culte à son cheval car il sait que sans cheval il n'est rien. Ce cavalier est un archer mais il posséde aussi un sabre. Il cultive la voix de l'arc et du cheval. Contrairement au roi, l'empereur n'est pas un guerrier. De plus le préstige du guerrier est plus important en Europe. Le chevalier européen est un cavalier comme le cavalier japonais cependant il ne possède pas d'arc en effet les archer sont une section indépendante de l'armée en europe. Le cavalier européen possède une lance couchée pour déstabiliser son adversaire.

La structure des châteaux japonais ressemble beaucoup aux châteaux européens car leurs fonctions sont similaires. On y touvait un espace officiel, céremonial, privatif et un sanctuaire qui correspond à la chapelle en occident. Dans les châteaux européens, le rôle de la justice et de l'économie ont une place très important.

L'empereur et les valeurs du guerrier.

Le mot empereur n'existe pas en japonais. L'empereur est un intermédiaire entre les hommes et Dieu, l'appellation la plus réaliste serait celle de Pape. L'empereur délègue toutes les fonctions administratives à ses aristocrates. Cette vie de cour à pour théorie, la théorie de la souillure c'est-à-dire que pour eux le monde est sale et qu'il faut le laver pour l'intégrer petit à petit. Pour eux le pire est le sang, la poussière etc. Les samouraïs représentent tout cette souillure en effet pours s'imposer et s'emparer des terres de leurs adversaires,ils se combattent et ces combat sont des combats à mort, le perdant étant déshonorer fait l'acte le plus atroce pour les aristocrates, ils se suicident en s'éventrant le ventre. Il y a une contradiction entre la socièté aristocrate "civilisée" et le samouraï. En europe, le chevalier est plus légitime, il n'a pas besoin de convertir la noblesse à ces idées. En europe le courtois est aussi un guerrier contrairement au Japon. Contrairement au Japon où les chevaliers sont sanguinaires le chevalier européen évolue vers deux types de guerre: les guerres saintes= croisades et les guerres entre chevaliers qui deviendront des tournois à la fin du XIème siècle. Au Japon il n'existe aucune trace de tournois.

Il semblerait que la société féodale japonaise et occidentale soit plus proche l'une de l'autre que l'on pouvait le penser.












nathanael colindre