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mardi 6 décembre 2011

les révoltes arabes au miroir du "printemps des peuples "

Dimanche 16 octobre à 14h30 s’ouvre une conférence qui adopte un point de vue historique original , celui de la comparaison entre les révolutions arabes actuelles de 2011 et le printemps des peuples de 1848. Les deux évènements pourtant éloignés de plus d’un siècle et demi se retrouvent réunis sous un même terme, celui de "printemps révolutionnaire". Un groupe de six historiens spécialisés en histoire politique du 19ème siècle ou sur le monde arabe se sont interrogés sur les similitudes ou différences de causes , d’acteurs , de diffusion des idées des deux mouvements.

Tous enseignent l'histoire , en université, à l'institut d'étude politique, en France ou à l'étranger. KMAR BENDANA intervient en tant que spécialiste de la Tunisie, NORA BENKORICH intervient pour la Syrie, BENJAMIN STORA est spécialiste du Maghreb et de l’Algérie. JEAN-CLAUDE CARON est spécialiste du XIX eme siècle et précisémment des révolutions de 1848 . ALAIN-GERARD SLAMA est un historien , polémiste et journaliste . Et enfin JEAN GARRIGUES est spécialiste d’histoire politique, c'est lui qui mène le débat.

Les Objectifs

Nora Benkorich est celle qui a le plus développé la question des objectifs comparés de la révolution de 1848 et de la révolution Syrienne . La notion de fraternité de 1848 peut se retrouver dans les liens de solidarités trans-arabes actuels comme par exemple les circulations d'informations entre Tunisie et Syrie. Pour les notions de liberté et démocratie réclamées en 1848 elle signale que c’est la liberté qui prévaut chez les Syriens qui considèrent que la démocratie viendra forcément de leur liberté de choix devant les urnes.

La question de la labellisation d’un évènement

Très vite émerge la question de la fabrique d'un évènement par le nom qu'on veut lui donner. Le terme de révolution arabe est partout dans les médias et utilisé sans plus de d'interrogation par la plupart des gens. C’est Jean Claude Caron qui intervient le premier , il rappelle que le Printemps des peuples aurait pu être appelé printemps des révolutions , ou année des révolutions ce qui montre bien qu’aucune appellation ne coule de source. Il termine en disant qu’il serait préférable de parler de révoltes pour les soulèvements de 2011 puisque le terme révolution ne devrait être utilisé qu'une fois le processus fini et les conséquences (comme celles d’un changement de régime ) analysées. Il regrette également que le mot révolution n’englobe pas tout le mouvement mais ne soit utilisé que pour parler des combats armés.

Sur la question des appellations , Kmar Bendana réagit et rappelle que le terme de " révolution du Jasmin" construction de la presse étrangère au tout début des évènements Tunisiens a été violemment rejetté par les acteurs du mouvement . Il était jugé offensant de part son caractère exotique en paradoxe complet avec la brutalité des évènements.Elle et Nora Benkorich reviennent sur le terme de "révolution" qui a posé moins de problème puisqu'en arabe le mot signifie à la fois révolte et révolution .

Une autre labellisation qui a fait fureur dans les médias est celle de « Révolution facebook , twitter ou 2.0," ce qui leur fait une bonne transition pour envisager le rôle d'internet dans la diffusion de l'information.

Jean Claude Caron regrette qu'on prenne le moyen (internet ) pour la chose (la révolte) même si Kmar Bendana lui répond qu'elle ne voit pas comment dissocier internet et la révolution car ce sont les images de la révolution véhiculées par les réseaux sociaux qui ont entretenu le mouvement. Pour elle la diffusion des informations par internet entretient l'espoir et le courage et permet aux acteurs de se sentir en phase avec leurs idées. Nora Benkorich ajoute qu' internet a permis la diffusion du mouvement car des conflits isolés qui auraient pu être étouffés par le gouvernement Syrien ont trouvé un écho national .

Sur le thème des causes et acteurs des révolutions .

La montée de l’alphabétisation, de l’éducation des populations dans une période ternie par la crise économique et le refus des corruptions grandissantes sont pour Alain Gérard Slama les éléments principaux de la conjecture exceptionnelle qui a fait naître les révolutions de 2011 . Kmar Bendana complète son propos en expliquant que le régime Ben Ali avait réussi à imposer à l’international la vision de la Tunisie comme un petit pays calme, sans contradictions où les droits de l’homme étaient respectés . La Tunisie a enfin pu révéler au monde son histoire cachée, ses problèmes, la pauvreté , éléments bien connus à l'intérieur du pays mais pas à l'échelle internationale, que le site wikileaks a révélé au monde entier.

Enfin Jean Garrigues en tant qu'historien du XIX ème s'interroge sur la question des acteurs qui sont les mêmes en 1848 et en 2011 . Il regrette que la lumière soit toujours mise sur les même groupes héros de la révolutions comme par exemple les étudiants et que d'autres comme les paysans soient toujours délaissés . En 1848 on considerait que les paysans ne pouvaient avoir de culture politique réservée aux urbains ,c'est encore le cas aujourd'hui malgré le rôle évident des paysans dans la révolution. Benjamin Stora estime que cette lacune dans l’information provient d’une paresse intellectuelle de la presse qui segmente pays par pays et présente toujours l'information sous les mêmes angles limités.

Peut être ont -ils été un peu prophètes puisqu'une heure plus tard le thème des rendez vous de l'histoire 2012 à été donné, il s'agira des paysans , espérons que ceux ci retrouverons la place qu'ils méritent dans certains évènements historiques .

Cette conférence s’est avérée agréable à suivre puisque très vivante, les intervenants réagissant régulièrement aux propos de leurs collègues. Les thèmes et le temps de parole bien orchestrés par Jean Garrigues ont permis de ne pas perdre le fil. On sentait aussi l'implication de chaque intervenant dans les évènements qui bouleversent le monde arabe, et qui suscitent chez eux des interrogations et attentes. Mais plus encore qu'un simple éclairage sur la situation actuelle et sa comparaison intéressante avec celle de 1848, les intervenants ont poussé le public à s’interroger et garder un esprit critique sur le traitement des révoltes/ révolutions dans les médias. Les termes employés à tord ou sans réelle compréhension, les visions souvent partielles et orientées de ce genre d’évènements sont récurrentes . Jean Claude Caron a particulièrement insisté sur les dangers de l’information immédiate qui « s’écrit à chaud , qui dit « tout ce qu’elle sait et qu’elle ne sait pas » et contre laquelle il faut lutter . Il prend l’exemple de Wikipédia qui fournit déjà des notices sur les révolutions arabes de chaque pays alors que les mouvements sont encore en cours , la Syrie est déjà qualifiée de révolution alors que la situation est plus complexe à l’heure où la conférence se tient.

Léa Cicchelero


lundi 31 octobre 2011

L’histoire comme objet de roman.




La conférence est animée ce samedi par Françoise Chandernagor : écrivain, auteur de l’ouvrage : Les enfants d’Alexandrie » publié en avril dernier.

F. Chandernagor met en lumière la manière de faire des romanciers qui se tournent vers l’histoire et nous poussent à la réflexion sur le roman historique, incitant le public à rester conscient des « périls de l’exercice ». Roman historique qui connait un succès récent, il suffit de prendre l’exemple des« bienveillantes » de Jonathan Littell en 2006.

Des historiens sont attirés par la littérature, de leurs côtés des écrivains s’appuient et se tournent vers l’histoire.

Désormais, toute histoire peut devenir objet de roman.Toutefois l’écrivain nous rappelle qu’il faut avoir une bonne raison pour faire du roman historique : une rigueur éthique à s’imposer, et avoir de l’ambition. Elle souhaite s’emparer des aspects du passé laissés vides par les historiens. Ajouter de l’histoire à l’histoire c’est-à-dire réintroduire des éléments matériels (des détails plus concrets, sensoriels). L’auteur nous donne pour illustration les odeurs dans l’antiquité ou encore la place de la douleur physique constante qui sont des exemples concrets pas forcement présents dans les livres d’histoire. Ou encore faire parler les muets de l’histoire à savoir les enfants et les femmes.

Par ailleurs, F.Chandernagor explique un procédé littéraire,il s’agit de mettre en scène l’époque dans laquelle vit l’auteur, intégrer ses recherches et ses scrupules dans son roman (exemple du roman HHhH de Laurent Binet)

Elle légitime son procédé de construction du roman historique : « là où il y a du vrai ne mettons pas du faux mais là où il n’y a rien mettons du vraisemblable ». Mais une vigilance s’impose pour combler les vides, une attention particulière doit être mise en œuvre pour éviter l’anachronisme de détail et de jugement, dont l’erreur fréquente est d’interpréter les évènements passés avec la position morale actuelle.
A.DURIEZ

samedi 22 octobre 2011

FAIRE LA GUERRE EN ORIENT, DU MOYEN AGE A LA GRANDE GUERRE : ANTICIPATIONS, DECOUVERTES, EXPÉRIENCES

Pour étudier cette question, quatre intervenants prennent place au milieu du grand amphithéâtre de la Halle aux Grains. Chacun représente une période de l’histoire. Nicolas Offenstadt, qui organise la discussion, les présente :
Dominique Barthélémy est spécialiste d’histoire médiévale et est professeur à l’université de Paris IV
Hervé Drévillon est professeur au CRHM (Centre de Recherche en Histoire Moderne) de l’université Paris I. Il est spécialiste d’histoire culturelle du XVIIe siècle et d’histoire militaire.
Henry Laurens est professeur d’histoire contemporaine orientale. Il fait référence tout le long de la conférence à l’expédition d’Egypte menée par Napoléon. Il est professeur au Collège de France.
Enfin, Francine St Ramond est chercheure, spécialiste du front d’Orient dans l’histoire de France.




N. Offenstadt commence tout d’abord par nous interpeller sur le titre de la conférence. S’il tient à bien expliciter ce titre, c’est qu’il est ambigu : la conférence ne parle pas du savoir-faire guerrier en Orient, mais bien des français qui partent, depuis le Moyen-âge jusqu’à la première guerre mondiale, faire la guerre sur les terres orientales. La guerre est étudiée d’un point de vue sociologique. On s’intéresse donc aux soldats et à leurs ressentis lorsqu’ils découvrent des pays, des régions inconnus jusqu’alors et bien souvent fantasmées.
Le sous-titre met d’ailleurs l’accent sur ces représentations : il souligne les confrontations souvent violentes du monde d’images que se fait l’esprit de l’européen avec la réalité de l’Orient. L’Orient reste d’ailleurs un terme complexe : l’Orient à proprement parler n’existe pas, il constitue seulement l’assemblage de ces idées, un monde unique et rêvé par les occidentaux, qui est en fait extrêmement multiple et complexe.
Chaque expérience varie d’un individu à un autre. C’est pourquoi le sujet doit être étudié d’un point de vue sociologique. Il permet d’articuler le singulier et le collectif, de rassembler les différents ressentis de ces hommes et d’éliminer les clichés figés à l’universel.


Les premières interrogations permettent de poser le sujet et ses enjeux : quand les soldats partent combattre, quel Orient ont-ils en tête, comment anticipent-ils leur voyage ?

Les Croisades à l’époque médiévale, D. Barthélémy

Pour les Croisés des XIIe et XIIIe siècles, le voyage est vu comme un pèlerinage vers les lieux saints. La découverte du monde oriental n’est donc pas l’objectif premier. Sous la prédication d’Urbain II, ils vont sauver la Terre Sainte de l’oppression des chrétiens d’Orient. Leur idée, à l’heure du départ, est qu’ils vont mener une guerre juste. Tous sont prêts à y laisser leur vie. En échange, ils seront amnistiés de leurs péchés professés.
Les Croisés, à la différence des soldats des conquêtes napoléoniennes par exemple, sont des gens de la haute société. Ce sont des barons, des nobles. Partir en Croisade c’est donc également une quête de gloire et de prestige : on veut égaler les ancêtres. Les guerres de Croisade sont des guerres dures, d’une extrême violence ; on cherche aussi à impressionner l’ennemi, à diffuser une image de marque de l’homme occidental, celui qui vient de loin.
On en vient alors à la question de l’ennemi que l’on affronte. Les Croisades sont des guerres tardives, qui se prolongent jusqu’aux débuts de l’époque moderne. Les turcs y sont des adversaires omniprésents. Ils représentent la figure du Levant, un Orient proche dominé par l’Empire Ottoman. Les guerres de Croisade, c’est l’union de la chrétienté face à un ennemi commun, un ennemi cerné de mystère, intrigant, mais que l’on apprend progressivement à connaître puisqu’il reste le même pendant plusieurs siècles. L’image du turc est donc devenue progressivement la représentation de l’Orient dominante. Il représente la figure de l’altérité par excellence. Mais cette altérité n’est donc pas radicale, elle devient familière. L’altérité radicale va alors être recherchée plus loin (chez les peuples des steppes d’Asie par exemple). C’est contre ceux-là que la guerre devient impossible : les cultures sont trop différentes, les pratiques trop étrangères.


Les soldats de Napoléon et l’expédition d’Egypte, H. Laurens

Ces hommes, déjà conquérants de l’Italie, débarquent le 17 juillet 1789 en Egypte. Leur première impression est celle d’un pays hostile. Ils arrivent dans des habits trop chauds, ils manquent d’eau. Ils vont affronter en Egypte quatre ennemis différents, avec pour chacun un type d’affrontement différent.
- Les Mamelouks ont mené une guérilla contre les français.
- les Bédouins
- la population égyptienne. Cette guerre, a débouché sur la destruction de village, et des massacres
- l’armée Ottomane, qui a été encadrée par des militaires britannique, avait alors une plus grande expérience

Durant cette conquête, la vie et le moral des français sont mis à rude épreuve. L’ambiance au sein de l’armée est mauvaise et on enregistre un fort taux de suicide. Les soldats ne comprennent pas pourquoi ils se trouvent en Egypte, d’autant plus que la France est à ce moment envahie. Les sources qui ont permis de faire avancer les recherches des historiens proviennent avant tout de la correspondance militaire. Celle-ci est riche et a été très bien conservée. Les historiens ont également travaillé sur les journaux personnels que tenaient les soldats, sur leurs dessins. Ils montrent, de la part des soldats, une très grande curiosité du pays.


Les fronts d’Orient de la Grande Guerre, F. Saint-Ramond

Sur ce thème les sources sont également nombreuses. Mais elles sont rarement inédites et proviennent pour la plupart de témoignages d’officiers et de généraux.
A la fin de l’année 1914, la guerre se stabilise. La guerre de position se met en place. C’est Churchill qui, le premier, décide de créer une guerre périphérique : « pour arriver à Berlin il faut passer par Constantinople ».
Quelle représentation de l’Orient avaient les soldats ?
Ces soldats étaient en grande majorité des ruraux. Pour eux, la découverte de l’Orient commence dès le sud de la France ! Tous ces soldats sont imprégnés de stéréotypes concernant l’Orient. Mais pour les hommes de ligne c’est un monde qui reste assez flou : ils voient l’Orient comme un monde d’opulence, avec de belles cités et de belles femmes.
Pour les plus cultivés de ces voyageurs forcés, l’Orient c’est également la découverte des racines de leur civilisation. Ils attendent beaucoup de ce voyage mais ont souvent des idées toutes faites de la région qu’ils vont découvrir.





Cette conférence aura été très enrichissante. Elle a su mettre l’accent sur des concepts tels que celui de l’altérité, des fantasmes et des imaginaires liés à cette altérité, auxquels les historiens intervenants ont brillamment répondu, tout en amenant les auditeurs à s’interroger. Les guerres menées par les français en Orient sont caractérisées par une grande violence, physique bien sur, mais également intellectuelle, par la confrontation directe à l’inconnu et à l’autre, parfois peut-être même à la compréhension de celui-ci.
Le sujet entre donc en parfaite harmonie avec le thème de cette quatorzième édition de Rendez-vous de l’Histoire, en abordant au travers des guerres le rapport subtil qu’entretiennent les Occidentaux avec un Orient dédoublé : l’Orient du fantasme et l’Orient du réel.

A. Clément

dimanche 16 octobre 2011

Café Littéraire: La bande dessinée asiatique, témoin de l'histoire?.

Geniève Clastres, Li Kunwu, Pascal Ory, Patrick Gaumer, Jul, P. Ôtié



Ce café littéraire fait intervenir Geneviève Clastres, cinéphile, un artiste chinois exceptionnel, Li Kunwu, auteur de Une vie chinoise. Mais aussi Jul, historien agrégé d'histoire et spécialiste de la diaspora chinoise, auteur de la nouvelle bande dessinée, La Planète des Sages. Philippe Ôtié est co-scénariste de l’œuvre Une vie chinoise, et également directeur de Public France.

La question principale s'est orientée vers la bande dessinée asiatique en tant que témoin de l'histoire, si elle tient ou non ce rôle.
A partir du XVème siècle, les premières formes graphiques sont les gravures. Il faut donc patienter jusqu'au début du XXème siècle pour entrevoir une forme de bande dessinée asiatique. Les Chinois les appellent "les images éclairées". Elles ont la forme de petits fascicules oblong et une courte description qui accompagne le texte. Elles connaissent un succès fou, vendues à des millions d'exemplaires, mais elles servent exclusivement d'outil de propagande. En 1909, un journal asiatique paraît sous influence du parti communiste. Le journal fait appel aux images narratives.
Toutefois on ne peut pas vraiment considérer ces formes graphiques comme une véritable bande dessinée même si la narration complète l'image. La bande dessinée fait ses premiers pas tardivement dans le monde asiatique et elle n'existe pas toujours. Ces formes embryonnaires copient surtout les autres pays. Tintin est alors redessiné en noir et blanc. Ces bandes dessinées sont redécoupées, reproduites en mauvais état. Une révolution culturelle s'opère dans les années quatre vingt dix avec l'apparition des caricatures politiques, la production d'excellents dessins de presse. De rares bandes dessinées exposent la vie chinoise. Elles sont beaucoup plus proches du style manga ou des comics américains. Elles illustrent avant tout des scènes d'action et du kung fu. L'illustration d'une vie chinoise est un univers encore très lointain.

Li Kunwu partage avec nous son expérience personnelle pour nous éclairer sur la place de la bande dessinée en Asie. Il constate depuis trente ou quarante ans que la bande dessinée est en progression constante en Chine. La taille des premières BD est vraiment très réduite par rapport à ce que l'on connaît en France. La génération d'artiste précédente était étroitement influencée par le dessin traditionnel mais la nouvelle génération plutôt par le style manga. La vie réelle des gens est peu à peu traitée et partagée. La bande dessinée asiatique est ensevelie par la mode manga. Ce phénomène se propage également en Occident. En France, il représente 40% du commerce de la BD. Li Kunwu pense que cette génération manga se ternie depuis quelques années et qu'une nouvelle vague créative arrive pas à pas. Il est confiant envers les jeunes artistes car ils se dirigent vers leurs propres voies créatrices au cœur d'une culture chinoise vive et très riche.

De plus en plus, les auteurs chinois orientent leur scénario vers des thèmes historiques de prédilection avec les grands récits fondateurs, les légendes épiques. D'ailleurs le statut de l'histoire est présent dès le début. La BD japonaise retrace la vie des samouraïs mais les faits contemporains sont très peu mis en lumière. Localement de grands auteurs expliquent le suivi de leur pays. On retrouve par exemple La où vont nos pères, traité avec une atmosphère sinistre, en noir et blanc, qui représente l'immigration en générale.
Une vie chinoise est un récit autobiographique qui retrace la prise du pouvoir de Mao Zedong à aujourd'hui.

Il ne faut pas oublier la censure omniprésente dans certains pays asiatiques comme en Birmanie. Aujourd'hui de nouveaux talents commencent à se détacher de cette influence traditionnelle. Internet a aussi sa part d'importance car cela permet de faire évoluer les choses. Toutefois, une censure morale imprègne chaque auteur et éditeur. Ils se fondent une idée propre des limites à ne pas franchir car chacun risque sa place dans la société.

Je pense que la bande dessinée doit être considérée de manière importante car elle est médiatrice. C'est un moyen fort de mettre en lumière la vie quotidienne d'une population, de retracer des évènements historiques. Grâce à sa forme graphique elle est accessible à tous. C'est aussi un bon outil pédagogique.

Morgane Guénard.

samedi 15 octobre 2011

Débat : peut-on se moderniser sans s'occidentaliser ?

« Peut-on se moderniser sans s’occidentaliser ? »

C’est à cette question intéressante que répondirent Marie-Claire Bergère, seule historienne de la table ronde spécialiste de l’histoire chinoise du XXe siècle, Laurent Berger, anthropologue chargé de la recherche au quai Branly spécialiste des tribus maliennes et malgaches, et Jean-François Sabouret, sociologue spécialisé dans l’éducation japonaise et patron d’études au CNRS,le tout animé par Jean-Luc Domenach, directeur de recherche à Sciences Po.
Cette question finalement ne s’est pas faite sous forme de débat mais plutôt d’exposés de 18 minutes par personne, et 15 minutes de questions du public après les exposés de chacun.

Les trois intervenants ont eu le même avis sur le sujet mais ont simplement utilisé des conclusions différentes.
Monsieur Domenach introduisit le sujet avec quelques touches d’humour.
Le premier à intervenir fut Jean-François Sabouret, qui, tout en lisant entièrement son texte sur son ordinateur, expliqua que les japonais avait choisi de reprendre les techniques, les sciences et les savoir-faire occidentaux le tout en gardant l’âme japonaise. Il expliqua l’hybridation des cultures en ajoutant, je cite, « il est urgent de s’hybrider ! » et conclu son exposé avec cette question : « Peut-on se moderniser sans s’asiatiser ? »

Madame Bergère prit, elle, l’exemple chinois en nous contant que la Chine avait souvent imité son voisin japonais. Elle parla ensuite des pays émergeants en expliquant que grâce à cette émergence, on observait que ces derniers avaient tendance à remettre leur héritage culturel sur le devant de la scène. La Chine par exemple incorpore son bagage culturel dans la culture mondiale, pour légitimer la sienne et enrichir l’autre. Sa conclusion fut la même que son prédécesseur : il faut l’hybridation.
Le dernier intervenant, Laurent Berger, commença par dire que l’école disait que non, on ne peut pas se moderniser sans s’occidentaliser. Mais argumenta par la suite en disant qu’on ne pouvait pas se moderniser sans s’acculturer. Et continua en disant que, par exemple, l’amour courtois des troubadours venait de la culture arabe, et que donc l’occident s’est en quelque sorte modernisé grâce à l’orient.
Pour lui donc, la réponse à la question est qu’il faut s’acculturer pour se moderniser.
Jean-Louis Sabouret conclu cette table ronde par cette phrase : « Volons-nous les culture, acculturons-nous ! »

vendredi 14 octobre 2011

La Marche de l'Histoire et Voyageurs et Orientaux au Grand Siècle

le 14/10/2011 / 13:00-13:30 et 19:30-20:30


Après la remise du Prix de l'Initiative Laïque, et une présentation (encore une fois non dénuée d'humour) de Mr Jeanneney, Mr Subrahmanyam nous a gratifié d'un exposé consacré aux interactions entre les itinérants européens et les populations des empires ottoman, safavide et surtout moghol. Il nous a expliqué ses idées d'histoire globale, en décryptant des documents de voyageurs occidentaux du XVIIème siècle narrant leurs observations avec un regard critique. Essayer de voir quelles sont les vérités présentes dans ces textes, chercher à voir quelles sont les connexions qui articulent l'Histoire, ce sont là des composantes de la réflexion de Sanjay Subrahmanyam, ou pour citer Jean Lebrun au cour de l'émission de Radio Culture La Marche de l'Histoire, pour lui permettre d'être un « électricien de l'Histoire », cherchant les raccords pour mieux comprendre l'ensemble.

Pendant cette émission, nous avons pu nous rendre compte des multiples centres d'intérêts de Mr Subrahmanyam, le voyant chanter Mozambique de Bob Dylan quasiment par coeur, ou alors nous conter le combat improbable opposant Muhammad Ali et un lutteur japonais, Antonio Inoki. D'autres manières de montrer que les relations « Orient-Occident » peuvent être une forme de lien fraternel à distance, ou alors une proximité dénuée de sens par la méconnaissance de l'autre.

Encore une manière de montrer l'utilité d'une histoire globale.

C.Brocherie

« Les Perles d’un bel Orient, épigraphie des Rendez-vous de l’histoire.». (J.N. Jenneney)

Ce matin a eu lieu l’ouverture officielle des rendez-vous de l’Histoire à l’hémicycle de la Halle aux grains, tour à tour présentée par les représentants des institutions publiques, soit Jean Noel Jeanneney, président du conseil scientifique du Conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire, Marc Gricourt, maire de Blois, Francis Chevrier créateur et directeur des Rendez-vous de l’histoire et Marie Reynier, recteur de l’académie Orléans Tours.

Ce choix du thème de l’Orient, préparé bien avant les événements du printemps dernier dans le monde arabe et asiatique présente la volonté d’ouvrir de multiples débats et de « réussir une synthèse de la diversité » pour reprendre les mots de Marc Gricourt. Tout au long de ces quatre jours se dérouleront conférences, débats, ateliers, projections cinématographiques et rencontres avec les divers intervenants dans l’objectif de proposer à tous une ouverture sur le monde.

La culture, les influences et l’histoire du monde oriental sont autant une invitation au voyage qu’un moyen de comprendre les enjeux actuels d’un monde en constante mutation.

J.P. & M.V.

Une ouverture réussie


Bienvenue à Tous!
Les rendez-vous de Blois sont officiellement ouverts.
Nous vous invitons à suivre nos projets personnels qui seront publiés quotidiennement.
On espère qu'il y aura autant foule sur notre blog que de visiteurs aux rendez-vous de l'Histoire.

Morgane Guénard & Emmanuelle Dupuis.